R

Vivre un cauchemar éveillé

Vivre un cauchemar éveillé
Je ne dors pas.
Et pourtant
je vis dans un cauchemar.
Le soleil se lève,
les gens parlent,
les voitures passent,
le monde fonctionne —
et moi
je suffoque à ciel ouvert.
Personne ne voit le monstre.
Il n’a pas de visage.
Il est dans ma poitrine,
dans ma tête,
dans chaque seconde
qui dure trop longtemps.
Je marche,
mais mes pas sonnent creux.
Je réponds,
mais mes mots ne m’appartiennent plus.
Tout paraît normal.
C’est ça le pire.
Le cauchemar n’a pas de cris.
Il a des silences.
Des pensées qui tournent
en boucle serrée.
Des souvenirs
qui reviennent sans prévenir.
Je voudrais me réveiller.
Secouer la tête.
Rire en disant
“ce n’était qu’un rêve”.
Mais je suis déjà debout.
Alors je fais semblant.
Je m’habille.
Je sors.
Je joue le rôle
de quelqu’un
qui va bien.
Et parfois
au milieu du bruit,
je me demande
si quelqu’un
entend ma chute
intérieure.
Vivre un cauchemar éveillé
c’est sourire
avec les yeux pleins d’orage.
Mais même dans la nuit
la plus collée à la peau,
il reste une chose :
je respire encore.
Et tant que je respire,
le cauchemar
n’a pas gagné.